Un art vivant

L’indigo végétal n’est pas soluble dans l’eau. Pour le teindre, il faut le dissoudre à l’aide de produits réducteurs (absorbant l’oxygène) et d’alcali. La technique ancestrale de teinture par fermentation utilisée par Aboubakar Fofana permet d’éviter l’ajout de produits chimiques tels que la soude.
Les feuilles d’indigotier, un arbuste tropical, sont récoltées à la main, puis séchées, pilées et compostées. Ce compost va ensuite macérer dans une solution alcaline (décantation de cendre de bois brûlé) jusqu’à ce que les feuilles libèrent leur substance tinctoriale et donnent une cuve remplie de bactéries.
Bien entretenues, les cuves d’indigo peuvent vivre jusqu’à 9 mois, maintenues à température ambiante de 25 °. Elles sont quotidiennement soignées, veillées, gouttées, et nourries avec du son, du blé, du miel, de la banane écrasée. Les bactéries doivent être en forme pour donner tout son éclat et son intensité à la teinture.

Une alchimie végétale

Le travail préparatoire est aussi important que la teinture elle-même. La fibre est préparée, elle doit respirer, pour accueillir la teinte. L’eau utilisée doit être absolument pure, pour ne pas tuer les bactéries.
C’est au contact de l’air, lorsque les étoffes sont délicatement retirées des cuves et essorées, que la couleur bleue apparaît, lentement, par oxydation.
Et l’opération se répète. Le tissu est plongé dans la cuve, essoré autant de fois qu’il est nécessaire pour obtenir l’intensité souhaitée. Le bleu s’intensifie au fur et à mesure des immersions de l’écheveau dans la cuve. Tout l’art consiste à donner une couleur uniforme au tissu.

La magie de l’indigo

On prête à l’indigo naturel de multiples vertus, dont la protection contre les insectes et le soleil. La teinture obtenue par ce procédé, permet d’obtenir des couleurs inégalables par leur profondeur, leur éclat et leur subtilité. Mais le savoir-faire est exigeant et complexe. Pour un rendu des couleurs éclatant, le maître teinturier doit veiller sur ses cuves, savoir évaluer leur état, les laisser reposer si elles sont « fatiguées ».
Les nuances du bleu dépendent d’une infinité de conditions : température extérieure, santé des cuves, nombre de bains… Du bleu naissant au bleu divin, la teinte la plus foncée, presque nuit, il est possible d’obtenir au moins une douzaine de nuances différentes.
Les sources d’inspirations d’Aboubakar Fofana sont universelles, depuis les traditions africaines jusqu’à la réalisation de portières japonaises ou de kimono. Il prépare actuellement plusieurs expositions communes avec des artistes japonais, dont « boubou, kimono, dialogues en Indigo ».

 
Les cuves de Maître Akiyama
Nuancier 12 couleurs
Boule de pâte d'indigo
Kariyasu